Les Petites fées de New York de Martin Millar

Publié le par Ameleia


Comédie féérique d'un songe New-Yorkais

    Résumer les petites fées de New York est un casse tête aussi abracadabrant qu'entreprendre le résumé d'une comédie de Shakespeare. Prenons un bon « résumeur » de comédie élisabéthaine : il  ressemble exactement à ces obsédés du Rubik's Cube qui se tordent les doigts sur des carrés en plastique pour retrouver l'unité parfaite de forme et de couleur. Mais une fois la combinaison trouvée, la satisfaction est déjà une frustration et le joueur redéfait tout. Il en va de même pour les comédies shakespeariennes et de fait pour les Petites fées de New York  : on en sort avec la  jubilation gamine d'avoir ri, suivi, tressailli d'une surprise à chaque tournant de scène, bondi au 46ème coup de théâtre comme au premier suivant cinq intrigues follement entremêlées. Mais dès qu'on vous demande de résumer l'ensemble, c'est le vide ! Rien. Des fées virevoltantes vous prennent à la gorge, vous criez au génie et c'est l'amnésie totale ! Bien sûr c'est une oeillade  baroque qui consiste à vous perdre pour que vous vous retrouviez. Vous voilà perdu. A moins d'appeler au secours un(e) obsessionnel(le) du Rubik's Cube, que voici  :

    Kerry est une belle humaine New Yorkaise, qui a de long cheveux bleus et collectionne les fleurs rares pour gagner le Prix de l'Association Artistique du Quartier de la 4ème rue Est. Elle est concurrencée par cet imbécile de Cal, crooneur de théâtre qui risque bien de gagner le concours avec sa mise en scène du Songe d'une nuit d'été et qui l'a quittée parce qu'elle est atteinte de la terrible maladie de Crohn. (Le plus doux des êtres a ses excréments qui tiennent dans un sac contre son ventre.) Mais voilà qu'elle vient de se faire voler l'une de ses plus belles fleurs de sa collection : un pavot gallois. Pour le retrouver, elle est aidée par Monrag MacPherson, une fée pur Malt en kilt vert qui, en  créant le mouvement Garage Punk Celtique, a été bannie pour « entreprise de perversion de la jeunesse au royaume des fées.»  Elle aime Heather, de l'éternel clan rival des MacKintosh, elle aussi bannie parce qu'elles ont ensemble déchiré la célèbre bannière MacLeod en s'y cachant pour faire l'amour ou pour se moucher. Pour cette race de fées musiciennes, le seul moyen de reconquérir l'estime du royaume des fées est de ramener le violon MacPherson. Mais voilà que ce violon sacré est justement possédé par le plus lamentable des humains, Dinnie, grosse masse flasque libidineuse et méchante qui se gave de Corned Beef en regardant des pubs pour C.L.I.T ou S.U.C.E,  la « hotline la plus sexe de New York ». Or, l'horrible Dinnie ne cèdera rien tant qu'Heather n'aura pas réussi à rendre la belle Kerry amoureuse  de lui. Et Kerry ne pourra pas guérir de la terrible maladie de Crohn ni tomber amoureuse du flasque Dinnie tant qu'elle n'aura pas retrouvé le pavot gallois et gagné le prix de la 4ème rue Est etc...

     Le trait commun de ce petit monde fantasque est que tout le monde est  en quête d'un objet perdu. Ainsi le pavot circule entre des mains innombrables qui elles-mêmes à la recherche de leur propre symbole : entre celles de Cal qui recherche désespérément son actrice pour le rôle de Titania, puis entre celles d'un gang de fées chinoises à la recherche du miroir dérobé Bhat Gwa, puis entre les mains de  la clocharde Magenta qui n'a rien perdu parce qu'elle n'a rien et enfin entre les mains du fantôme du chanteur de Rock Johnny Thunders qui se fait engueuler par les écureuils de Central Park parce que lui aussi a perdu sa guitare. Vous saurez enfin comment éclate une guerre internationale entre le roi Tala de Cornouaille, qui comme tous les rois impérialistes n'aura rien tant qu'il n'en aura pas plus, et les gangs des fées New Yorkaises qui ont perdu la tête. Et malgré cela, vous saurez comment tout est bien qui finit bien mais pas grâce à Aelric, le résistant syndicaliste qui lui, a perdu sa cause parce qu'il est tombé amoureux de la belle fille du roi Tala. Bref, en Cornouaille, tout le monde cherche son Graal, comme à New York tout le monde cherche son chat. De l'héroïsme épique à la fantaisie urbaine, de la bannière nationale à la guitare de rock, il faut perdre son gri-gri perso, son totem rien qu'à soi pour commencer à s'intéresser à l'autre.

    Les petites fées de New York construit deux univers en miroir où les valeurs de la magie  sont aussi amorales, légères et violentes que le sont celles des humains. Les fées sont voleuses menteuses belliqueuses ; les humains, égoïstes, manipulateurs, feignants. Dans ce jeu de l'illusion et du hasard, on déclenche des guerres pour de mauvaises raisons et on les gagne par accident. Il en va de même pour l'amour. Les fées révèlent et aident des humains empotés. Les humains apportent mais sans trop le vouloir,  la paix au royaume des fées.

    Voilà ce monde fourmillant et drôle où chacun court et se déchire pour un symbole dont lui seul sait identifier les codes. Mais on sait que l'objet de quête qui fait l'objet des guerres n'a de sens que pour le fou qui la poursuit. Ce méli-mélo urbain décrit la réalité d'un monde régi par le hasard et l'accident. Là s'arrête la métaphore du Rubik's Cube. Surtout, il révèle un monde gangréné de solitude et d'individualisme. Derrière l'illusion comique, Millar construit un vrai roman social : la maladie de Kerry est trop grave pour qu'elle soit couverte par une mutuelle, ce qui oblige les fées à braquer des banques ou encore à croquer dans les petits pains des Shops pour que les vendeurs les donnent aux clochards. Que dire encore de ces SDF qui tombent toujours mort dans la 4ème rue ?  Comme chez Shakespeare, les fées et sorcières sont convoquées pour révéler un monde sans dessus dessous. Elles dressent magnifiquement un miroir devant une société américaine dominée par le chaos, le hasard et l'exclusion où parfois pointent  quelques îlots de volonté et de tolérance.

    Que l'on soit dans les rebondissements magiciens et les miroitements baroques d'une comédie shakespearienne ou dans la pure référence cinématographique (films noirs avec courses poursuites en voiture, braquage de banque, guérillas urbaines etc..) ce roman parodique et fantasque tient sa ligne parfaite entre Peter Pan, Le songe d'une nuit d'été et Taxi Driver.
Entre comédie baroque et héroïc-fantaisy, Martin Millar nous livre un petit chef d'oeuvre de l'exclusion et des apparences où le lecteur est l'animal riant le plus intelligent sur la terre.

Martin Millar, Les petites fées de New York, Editions Intervalles, 301 pages, 19€

©Amélie Rouher pour le Magazine des Livres
Publié dans le numéro 18. Juillet.Août 2009.
















Publié dans Martin MILLAR

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authentic pandora beads 02/07/2010 08:48


Intéressant


Ameleia 03/07/2010 09:51







tiffany jewellery 02/07/2010 08:47


Intéressant


La Nymphette 22/12/2009 20:06


à mon retour, quand Paris offrira encore ses élégantes terrasses ensoleillées!


Ameleia 19/01/2010 15:57


Oui !oui! oui ! on refait un déjeuner !


La Nymphette 16/12/2009 14:51


Oui, oui, ca va très bien, je ne sais pas si tu as vu sur mon blog: nous partons pour un grand voyage dans dix jours!


Ameleia 22/12/2009 19:17


vu !! bises à toi et à très bientôt je l'espère pour un prochain déjeuner


La Nymphette 13/12/2009 20:09


Un roman fantasque et atypique sur la grosse pomme donc... la ville est-elle vraiment présente...?


Ameleia 16/12/2009 11:38


OUi ! Totalement omniprésente de la course poursuite en voiture à l'intérieur des shops ! C'est une odyssée urbaine complète...

Douce pensée à Toi Nymphette, j'espère que tu vas bien ;)