Entretien avec Cécile COULON

Publié le par Ameleia

Entretien avec Cécile Coulon.

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    Cécile Coulon jeune romancière clermontoise de 20 ans vient de sortir «Méfiez-vous des enfants sages» chez Viviane Hamy. Coup de coeur des libraires, épinglée parmi les meilleures sorties de la rentrée littéraie, le roman a déjà obtenu le Prix E. Leclerc... et ce n'est qu'un début. Rencontre avec un jeune talent à la verve brève et insolente.

 
              Pouvez-vous vous présenter en quelques mots.

J’ai l’âge de Bruce Springsteen, divisé par trois. J’utilise la musique, le cinéma et les hamburgers comme inspiration principale lorsque j’écris.
             
              Votre roman se passe en Amérique, dans un état du Sud. Or c'est une fausse Amérique.               Pourquoi lui avoir donné ce continent comme toile de fond  ? 

Méfiez-Vous des Enfants Sages n’est pas un roman américain, mais un roman qui se déroule au Etats-Unis. J’ai utilisé cet espace car d’une part, c’est le lieu de tous les possibles, et d’autre part, j’ai lu, vu et écouté beaucoup de « grands crus » américains pendant deux ans, qui m’ont beaucoup plus touchés que la littérature ou le cinéma français. Les Etats-Unis, c’est un outil de travail.
 
              Vous peignez un univers d'anti-héros, de ratés. Qu'est ce qui vous attire chez ces   personnages ? 

    Ils ne sont pas des ratés, ils sont des fêlés, mais comme l’a si bien dit M. Audiard : « Bénis soient les fêlés, car ils laissent passer la lumière.» C’est cette « lumière » que je tente de rendre à l’écrit.
             

Certains de vos  personnages sont façonnés «à l'américaine», mais d'autres n'ont pas  grand chose à voir avec l'Amérique. Les Parents de Lua ressemblent à de bons français, Lua aussi d'ailleurs....

    En effet, certains personnages très secondaires semblent tout droits sortis d’une série B américaine, tandis que d’autres – Lua, Markku, Kerrie, Eddy- ne sont pas du tout caractérisés de la même manière. Comme les Etats-Unis ne sont qu’une simple toile de fond, ces personnages ont plutôt un côté universels, ils ne sont pas façonnés à partir d’un stéréotype culturel, mais à partir de plusieurs détails, qui collés les uns aux autres, en font des figures attachantes. Je ne crois pas qu’ils soient de « bons français », ils sont justes « bons ».

 
              Est-ce qu'à 20 ans on ne peut que créer des personnages adolescents ?

Quel que soit l’âge, on peut tout créer, mais seulement à partir de ce qui nous inspire le plus. L’adolescence, c’est un thème comme un autre, c’est un passage obligé si l’on veut parler de la vie en général.
 
 

A la fin de votre roman vous fournissez une BO pour chaque chapitre. Aviez vous en tête  ces morceaux lorsque vous écriviez ? 

Cinéma, musique et écriture sont indissociables. J’écris en fonction de ce que j’écoute et de ce que je vois. Au moment de l’écriture, j’écoutais ces morceaux.
 
En quoi la musique influence-t-elle votre manière d'écrire ?

Elle met en place une atmosphère particulière, elle donne une profondeur à l’écriture, elle épaissit l’histoire.
 
 D'où vous viennent toutes vos références cinématographiques, littéraires, musicales ?

Les références viennent des expériences cinématographiques, littéraires et musicales que j’ai vécues. De toute petite à aujourd’hui. Que ce soit un film de robots, une nouvelle de Tennessee Williams ou un film de Larry Clark, j’en parle. Si un roman, un film ou un morceau me marque, j’y fais référence à un moment ou à un autre.
 
    A part la culture à laquelle vous faites référence, quel est votre terreau de création  privilégié ? Votre entourage proche, vos amis, votre enfance ?

L’expérience, en général, dans tous les domaines. Je pense que cela vient d’un principe d’ouverture, où, à force de rencontres, de découvertes, de jeux et de discussions, une capacité de création se met en place. C’est un échange, un fonctionnement en vis-à-vis : accepter de recevoir ce qui nous est donné tout autour de nous et puis en faire usage. Cela peut venir de ma famille, comme d’une personne rencontrée dans la salle d’attente du dentiste. Il n’y a pas de moment de vide, où rien n’est valable.
 
    
Lua, votre héroïne a une araignée qui grossit dans son crâne jusqu'à occuper tout son espace cérébral. Avez-vous aussi une araignée qui vous dévore le crâne ?

Je dois certainement en avoir toute une tripotée qui se partage la part du gâteau ! L’araignée qui grossit dans le crâne de Lua, c’est une peur nouvelle, qui l’éjecte brutalement de l’enfance. Ce qui m’effraie le plus, c’est de ne plus voir chez les autres le petit détail qui fait tout, c’est de considérer l’humain en général, sans plus déceler sa part de génie.

  

Pour qui écrivez-vous ?

Pour mes pieds, et plus particulièrement le gros orteil.
 
 
Il y a dans votre écriture  un art du détail visuel, déroutant, souvent décalé. On pense à la  BD, ou à la nouvelle vague des films d'animation...
 
Ce sont les détails qui sont significatifs, drôles. Un portrait sans détail, c’est idiot, c’est comme du Coca sans bulles. Tout se construit autour de ce décalage entre le général et l’infime, et plus cet infime prend de l’importance, plus je m’amuse.
                           
Comment s'est construit l'écriture du roman. Aviez vous un projet défini  ? Un fil rouge ?

Il y a eu une première mouture intitulée Bye-Bye Lua. Le texte faisait cent pages de plus, et trois ou quatre autres personnages s’inscrivaient dans la lignée des « fêlés ». Je n’écris pas avec un plan en tête, je n’ai pas pour but de montrer quoi que ce soit au lecteur, chacun y trouve ce qu’il veut. Le fil rouge, pour moi, c’est une angoisse, qui me pousse à écrire quelque chose d’ennuyeux, puisque prévu à l’avance.
 
 Quelles sont vos lectures actuelles ?

Vineland, de Thomas Pynchon, qui est un maître en matière de personnages éclatants. Sinon, Rue de la Sardine, de Steinbeck, où les premiers mots reprennent l’image de la « lumière », des fêlés. Il écrit : ce sont des filles, des souteneurs, des joueurs de cartes et des enfants de putain. Ce sont des saints, des anges et des martyrs.
 
Quelle est la part de travail, la proportion de brouillon et de réécriture dans votre manière  d'écrire ?

Le premier jet n’est pas du travail, mais du jeu. Cela dure un mois ou deux. Comme un gosse qui s’amuse avec ses Lego. Ensuite, la relecture inaugure le véritable « travail », d’un point de vue grammatical, et syntaxique. Pour Méfiez-Vous des Enfants Sages, il y a eu deux versions avant celle publiée. La première était très longue, la seconde, plus courte, présentait la construction en trois parties. J’ai peaufiné quelques personnages, sous les conseils avisés de mon éditrice.
 
Quand avez-vous commencé à écrire ? A quel besoin cela répond-il ?   

J’ai commencé par un peu de poésie vers 12 ans, puis j’ai continué avec des nouvelles, et de fil en aiguilles, j’en suis venu au roman. Avec du recul, je ne pense pas que cela corresponde à un besoin précis, c’est juste que je ne sais pas faire grand-chose d’autre. Il y en a qui font très bien les tartes au pommes et d’autres qui construisent de chouettes maisons, j’écris des paragraphes, cela revient au même. C’est quelque chose de naturel.         

 Avez-vous des rituels d'écriture particuliers ?

Coca, hamburger, course à pied ; ça fonctionne du tonnerre !
 
 Méfiez vous des enfants sages est votre troisième publication. Que ressentez-vous à chaque parution ?

Je me dis qu’il y en aura d’autre, et j’ouvre une bonne bouteille de vin.
   

 Vous avez publié votre premier roman à 17 ans. Qu'est ce qui peut  motiver une volonté de publication à cet âge ?

Il n’y avait pas de volonté de publication. Je découvrais l’écriture, je m’y exerçais, sans penser que cela puisse toucher un public plus grand. Je ne crois pas en mon écriture, ce sont mes proches qui le font pour moi.
 
    Vous n'avez donc pas d'ambition ?

Je n’ai aucune ambition « marketing », ni celle du best-seller. Ce qui m’intéresse, c’est ce détail de l’humain, pouvoir le raconter et en faire une bonne histoire. C’est ça qui branche tout le monde, qu’on soit gosse ou grand-père, c’est les histoires qu’on nous raconte, avec les mots justes, qui frappent au bon moment. Ce n’est pas une ambition littéraire ou mercantile, c’est quelque chose de permanent, et oral. Ecrire un roman ou raconter sa journée de la veille au café du coin, ça revient au même, si on trouve les bons mots pour en faire quelque chose de drôle.
 

Qu'écrivez-vous en ce moment ? Une nouvelle publication est-elle en projet ?

J’ai quelques bafouilles dans mes tiroirs, et mon éditrice a le manuscrit de mon dernier roman.

 

 

Entretien publié dans le MAGAZINE DES LIVRES N°27

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Publié dans Cécile Coulon

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guide de l'épargne 25/03/2011 15:33


enchanté Cécile! :)