Tous à l'ouest ! de S.J Perelman

Publié le par Ameleia


Phileas Phog chez les Marx Brothers.

                                                     

             Explore-toi toi-même le plus loin possible hors de toi dit le sage à l'entrée du Temple du Routard. Tous les grands voyages commencent souvent au mieux par un défi, au pire par un mal entendu. Chez S.J Perelman, qu'on connait pour être le scénariste des Marx Brothers,  ça ne peut commencer que par un canular : un scénariste Perelman (lui-même) et son ami  caricaturiste Hirschfeld sont subitement embauchés  pour faire le tour du monde afin  de pimenter une comédie musicale aux prémices désastreux. De la comédie musicale, il ne sera plus question, des deux compères et de leurs coups manqués si. Les voilà qui  s'embarquent sur un cargo douteux qui oscille entre l'arche de Noé et la cour des miracles. L'épopée est héroï-comique qui va porter les aventuriers plutôt poltrons et empotés par delà les cartons pâte d'Hollywood, aux confins de l'Orient et de l'Europe : Penang, Ceylan, Bombay, Le Caire, Pompéi, Paris, Londres... 
  
        
        Le récit de voyage est un genre sérieux avec lequel on ne plaisante pas. Chez Perelman, il se joue sur le mode de la farce. Le dépaysement est au contraire l'occasion de porter un regard léger et hyperthéâtral sur le monde. Perelman saisit l'essentiel dans une phrase,  restitue le monde selon le Broadway des premières couleurs, dans l'urgence et à travers la lentille d'un 8 millimètres. Le détail est insolite,  le gros plan immédiat, la phrase mobile comme un mouvement de caméra. Voici par exemple la Chine hollywoodisée, rouge de son mythe de la pagode et de l'actrice, tassée dans ses boutiques de souvenirs avec ses parfums fumants de faux opium et de vraie cocotte. Pour chaque ville visitée, le lecteur s'amusera ainsi d'un cliché saugrenu : un pique-nique au tapioca en Malaisie, une vente d'éléphanteau d'appartement à Bangkok jusqu'à ce stage d'entrainement dans les studios d'Hollywood, à mourir de rire. 

   
    Un récit alerte, drôle, très drôle parfois, foisonnant de trouvailles : un beau cabinet mouvant de curiosités cinématographiques.


S.J Perelman, Tous à l'ouest, Le Dilettante, 2009, 256 pages.

©Amélie Rouher
Article paru dans le Magazine des Livres N°15



Publié dans J.S PERELMAN

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Nefertiti 20/08/2009 17:51

Bienvenue dans la communauté Salon Lecture, bonne soirée