Le film va faire un malheur de George Flipo

Publié le par Ameleia


                    Radiophonie d'une mort annoncée.

    Alexis, la quarantaine percée, est un scénariste plein d'espoir. Il n'est vraiment pas passé loin du prix de la Pomme d'Or. Pour sa consolation, le métier détient le plus beau des paradoxes : même peu connu, quand vous êtes cinéaste, les gens ne se présentent pas, ils tombent du ciel en se croyant votre étoile. Le malheur c'est que ça marche ! Un soir, c'est Sammy qui lui tombe dessus. En réalité l'importun tombe à pic. Sammy est un ancien taulard de première classe spécialisé dans la joaillerie, un gentil loulou flingueur. C'est que la bête est attachante qui va convaincre Alexis de tenter son prochain scénario sur lui. Ainsi le travail se met en place au gré et tourments de la vie de Studio. Déjà, il faut tenir le décor : la vie de coulisses prend beaucoup de temps, du bureau du producteur hypocondriaque au lit de la  starlette hyperthermique ! Entre deux réflexions sur la littérature et le cinéma, on assiste au joyeux vaudeville d'intrigues et de ses coucheries de carton-pâte. Mais la vie est plus cruelle que la fiction qui l'inspire. Sans révéler la fin, le titre « Le film va faire un malheur » est à prendre au pied de la lettre. « Le seigneur de la Pègre » avait des attaches de Comtesse aux pied nus.
    Peu d'espace au commentaire, une gestion minimaliste de la description, la narration s'économise jusqu'à la didascalie pour laisser toute sa place au dialogue. Le narrateur aussi discret qu'un scénariste laisse la voix à des personnages étonnamment acteurs d'eux-mêmes. En réalité, le roman de Georges Flipo a toutes les qualités d'une pièce radiophonique dont le lecteur n'a plus qu'à inventer les voix. On retrouve là les atouts des précédents métiers de l'auteur : la radiophonie et la publicité. C'est dynamique, aérien et populaire. Pour le lire, on se prendrait presque à se planquer dans sa voiture surchauffée une nuit d'orage.

Georges  FLIPO, Le film va faire un malheur, Escales des Lettres, Le Castor Astral, 2009, 313 pages.
Article paru dans le Magazine des Livres de Mai

Publié dans George FLIPO

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