Entretien avec Stéphanie HOCHET

Publié le par Ameleia

   

                                   ENTRETIEN avec Stéphanie Hochet. 




Stéphanie Hochet est une jeune femme à l'intelligence immédiate. Elle parle avec aplomb en posant  sur son oeuvre une réflexion volontariste. A la ville comme à l'oeuvre, il n'y a pas un mot ni une pensée en trop. Voilà une vraie personne.  Qui a de l'estomac.


En ce moment, vous écrivez ?
J'ai commencé le début d'un roman. Et comme toujours je suis en train de tâtonner, je découvre mon livre en quelque sorte.  Je débroussaille mon projet. C’est un processus passionnant et toujours un peu inquiétant.

Comment concevez-vous l'écriture d'un roman ?
Sagan comparait le roman à une formule mathématique compliquée. Il faut savoir maîtriser l'écriture certes, mais aussi les autres paramètres. Le roman c'est un monde clos, refermé. Vous allez connaître et survoler votre monde avec des intrigues et des personnages complexes. Ce sont des paramètres tellement difficiles à maîtriser jusqu'au bout ! Cela ressemble à une équation compliquée. On vit l’intrigue et en même temps il faut toujours essayer d'avoir une vue à long terme. Ces notions sont quasi contradictoires.

Quelle est la place du lecteur lorsque vous écrivez ?
C'est mon jugement littéraire sur ce que j'écris qui m'intéresse. Ça n’exclut évidemment pas les autres mais je dois me faire confiance à ces moments là.

L'effacement de la personne de  l'auteur est-il pour vous une condition de la réussite de l'oeuvre ?

Aucun de mes livres n'est autobiographique. Je crée des doubles. J'ai l'impression que ça me sauve et que j’invente une certaine vérité. Lorsque j'ai tenté une fois d'écrire un récit autobiographique, le récit sonnait faux. Je préfère créer des personnages. Certes chaque roman contient des éléments autobiographiques, des éléments terriblement personnels d’autant plus éloquents pour moi que je les vois avec la distance de l’autre, du personnage.

Quelle est pour vous la fonction de l'écriture ?

Il y a quelque chose de l'ordre de la pulsion, de l’exploration de ses terreurs et ses obsessions et à côté de ça rien ne motive autant que l’exigence d’une oeuvre d'art. Peut-être que si on perd de vue l’objet, l’œuvre d’art, on se condamne à un résultat égocentrique.

Dans Les Infernales vous interrogez la création littéraire, ses causes, mais surtout ses conséquences sur l'entourage du créateur. Jusqu'où pour vous peut aller la création ?
La frontière est une ligne de front. Le combat est perpétuel.

Comment percevez-vous l'évolution de votre oeuvre ? Depuis Moutarde douce en 2001, on constate une évolution certaine de votre style particulièrement dans la distanciation romanesque. Combat de l'amour et de la faim est le plus fictionnel de vos romans.  
J'ai l'impression d'avoir eu plus d'audace pour Combat de l'amour et de la faim. J'ai fait le voyage sur un autre continent ; j'avais pour référence La traversée des apparences, le premier roman de V. Woolf qui aborde l’Amérique du Sud tel un territoire complètement fantasmé et en même temps étonnement crédible. Je voulais que mon héros soit un personnage authentique évoluant dans un monde recréé presque à l’identique du vrai monde.

Quel est pour vous le fil conducteur de Combat de l'amour et de la faim ?

J'ai voulu suivre le corps de Marie. Au début, le héros est la chose de sa mère. Ses perceptions sont reliées à celles de sa mère. C’est à ce moment l’histoire d’un corps passif. Autre chose : Je voulais qu'il se perçoive comme un innocent et que les autres le voient comme coupable. Ecrit de l'intérieur à la première personne, le narrateur évolue et chute, son tempérament se transforme au gré de sa faim.
Vous mettez en scène un personnage qui tente une libération au sein d'un univers  dominé par le dogme religieux et l'interdit.
Le puritanisme est relié à la chair avec toute la pulsion qui est la conséquence des désirs refoulés qui éclatent. L'histoire de la mère du héros est une fille perdue qui cherche à renouer avec les conventions.

Vous écrivez des histoires de filiation.
Oui, je n’y échappe pas, j’ai beaucoup aimé Zola à l’adolescence.

Le rapport à l'argent est étroitement lié aux femmes :
Le  rapport à l'argent du héros, c'est l'obsession du pauvre. Il est forcé de donner un certain prix aux femmes et se met à calculer tout ce qu'elles dépensent. Il devient cynique puisqu’il connaît le prix de toute chose et s’éloigne de la valeur des dites choses.

Vous intégrez dans votre roman une petite fable mythologique où la faim et l'amour s'affrontent...
C'est une référence à la Théogonie d'Hésiode. J’aimais l’idée que le monde soit créé par des titans. Or, dans la théogonie on trouve  la faim et 'amour. Ce combat  a son emplacement dans le ventre. C’est l’histoire d’une bataille pour un territoire : la faim et le désir sont situés dans le ventre. J’ai également pensé au roman picaresque. On dit que le roman picaresque est le roman du ventre. Un crève la faim parcourt un pays pour survivre. Il a différents maîtres. Pour le héros de Combat de l’amour et de la faim ce ne sont pas des maîtres mais des maîtresses. Crevant de faim, il est incapable de stabilité, et dévore son entourage. Toute l'histoire peut être centrée sur ce combat-là. Le livre déploie cette thématique.

Vous accordez beaucoup d'importance à la poésie dans vos romans...
Mon but ultime serait de faire une oeuvre poétique. Et romanesque pour compliquer le tout.

Est-ce que vous cherchez la forme parfaite ?

Oui. Bien sûr. On est obsédé par la perfection.

Qu'est-ce que vous seriez incapable d'écrire ?

Un ouvrage de philosophie, un polar,  de l'autofiction.

Une histoire d'amour ?

Ne raconter qu’une histoire d'amour, c'est tarte à la crème. En fait, on s'excite. C'est facile...

Pourtant toute la première partie de Combat de l'amour et de la faim est une histoire d'amour...

Non. C'est de l'exaltation littéraire, biblique, du fantasme mais en même temps il y a quelque chose de frustré qui n'est pas une histoire d'amour. Il faut toujours qu'il y ait une frustration, j’ai l’impression que l’assouvissement marque la fin de quelque chose.

Réalisé à Paris le 13/12/2008
, pour le Magazine des livres n°14


Publié dans Stéphanie HOCHET

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Blanche 16/03/2009 20:17

Alors , comment a régi Stéphanie ?
J'espère qu'elle a aimé :)

melle r 16/03/2009 22:29


ça ne peut pas être le contraire. Votre travail est exceptionnel.