Sagan à toute allure de Marie-Dominique Lelièvre

Publié le par Ameleia


         Un récit de voyage passionné !


    C'est « un  récit de voyage au pays de Sagan » écrit l'auteur dans sa préface. Cette toute dernière biographie sur Françoise Sagan est un rien plus : un récit de voyage passionné.  La première qualité de cette biographie est déjà qu'elle contourne tous les pièges du genre : l'obsession chronologique, le zèle scientifique, la complaisance hagiographique et la tentation people... L'approche est en réalité thématique : la génération, les amis, les femmes, l'écriture.
    Le récit est placé sous la tutelle de Florence Malraux qui apporte moins un cachet de crédibilité qu'une présence douce et bienveillante, laquelle accompagne la biographe tout au long de ses recherches. La biographie lui est d'ailleurs dédiée. Pour saisir son personnage, Marie Dominique Lelièvre s'appuie autant sur les faits qu'elle relate que sur les textes, les romans, les interviews qu'elle a lus et relus. Quand sa sensibilité est en jeu, elle le dit : c'est alors de magnifiques descriptions des maisons, des rencontres avec les êtres que Sagan a aimés. Elle s'attache à l'odeur d'un lieu, à la lumière, à quelques détails pittoresques qu'elle soustrait de toute analyse. Cette approche impressionniste qui ne cherche jamais à tout dire révèle une adoration tendre teintée d'humour pour son sujet

     Elle-même écrivain, M.D Lelièvre a quelques formules clé pour saisir le personnage Sagan, comme par exemple sa conception du temps « play station ». Surtout, elle rétablit la vérité sur le « style » Sagan.  S'il faut lire un chapitre c'est celui qu'elle intitule : « Le bègue pop».  Enquêtrice-fourmi, elle a consulté un linguiste spécialisé dans la langue du XVIIème. On y découvre que la langue de Sagan est très proche de la langue classique de La Fontaine par sa clarté et sa simplicité apparente. Surtout, elle fait tomber le cliché de style d'écolière négligé et désinvolte qui colle en réalité plus au personnage qu'au style de l'écrivain.
    M.D Lelièvre met en avant la facture en redondance de la phrase qui progresse par vagues anaphoriques, « en cascades de subordonnées », quelques chose qui relève du « bégaiement »  – tiens donc : « Sagan s'amuse avec la phrase, comme un jeune chat pousse une souris en carton pour faire avancer un grelot. Elle ne joue pas au hasard, mais fabrique sa phrase en finesse astucieuse, la déconstruit grammaticalement puis la rattrape d'un coup de patte habile, la coulisse, la fait glisser par retouches légères, avec un rythme souple qui semble épouser celui de la pensée, d'une pensée vive. »  On a rien dit de plus juste sur le style Sagan depuis Mauriac en 54. 

    Voilà un travail d'une grande douceur qu'on lit avec un plaisir et une curiosité passionnés.
Article publié dans Le Magazine des livres n°12


Publié dans Françoise SAGAN

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Mlle Curieuse 03/02/2009 11:47

J'avais moi aussi adoré cette biographie. Un vrai plaisir.

Tu pourras retrouver mon post ici :
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