Hommage à Marie Madeleine, sainte de l'abîme et vestale du désir

Publié le par Ameleia

 
Les turbulentes lectures de ces derniers temps m'ont fait pencher du côté de mes vieux péchés (les pas mignons). D'aucuns ont dû voir dans mon « questionnaire de Proust remanié » que je mentionnais Marie Madeleine parmi les figures héroïques fondatrices. Elle l'est ! Et mes investigations ténébreuses de ces dernières semaines me le confirment encore.

Hommage à la Sainte de l'abîme.

    Marie Madeleine. Les lecteurs impulsifs réduiront le couple Marie/ Marie Madeleine au cliché  mère/ Putain. Marie Madeleine est tout sauf une seule Putain. Elle est l’être paradoxal par excellence ! Figure du péché et de la grâce, chez Mathieu, elle est celle qui verse du parfum sur la tête du Christ.

    Plus  ambigu encore,  chez Luc, c’est elle qui verse des larmes sur ses pieds. C’est elle enfin qui découvre le tombeau vide.


Marie Madeleine, c’est la créature ignée et ondulaire, celle qui dans le feu de l’amour consume le péché .

   
     Marie Madeleine, c’est la femme en habit vert et cheveux roux : la sorcière et la marginalité. Mais c’est aussi l’or, le sang et le blanc. «Le rouge rubescent et le blanc livide» de la Madeleine du Corrège commentée par Gauthier. Cette « ampoule royale » glorifiée par Claudel.
   
     Marie Madeleine c’est la figure de la mystique charnelle – celle qui jouit du tout-absent – c’est la Thérèse baroque de Le Bernin. C’est le lien entre mystique et érotisme, entre l’humain et le divin, comme si l’humain et le divin ne pouvaient être assumés que par une femme.
   
     Marie Madeleine,  c’est le « Noli me tangere » de l’amour, celle qui demande si l’Amour est apte à toucher. Si toucher est de l’Amour .

     C’est pour Jouve, Catherine Crachat. Elle dit : « j'ai été heureuse une fois ; et tout de suite c'était pour sentir une privation. Une chose a passé sur moi, pareil au souffle divin, qui m'aurait élevé au-dessus de ma condition. Catherine Crachat formule le pire atout des femmes : «J'entreprends la mort du désir.»
 
    C’est la Muse Vénale pour Baudelaire.
        Il te faut (...)
        Chanter des Te deum auxquels tu ne crois guère,
        Ou, saltimbanque à jeun, étaler tes appas
        Et ton rire trempé de pleurs qu'on en voit pas,
        Pour faire épanouir la rate du vulgaire.

  
Dans la souillure seulement apparaît la lumière. C’est Rachel dans Du côté de Guermantes que le Narrateur appelle « Rachel, quand du seigneur»
 C’est aussi la madeleine offerte au Narrateur, peu avant Pâques, dans la chambre en chapelle de sa tante.  Sensation tentatrice et voluptueusement régressive.
                                                        
    C’est la repentance finale de Phèdre.
    « Déjà je ne vois plus qu'à travers un nuage
    Et le ciel et l'époux que ma présence outrage ;
    Et la mort, à mes yeux dérobant la clarté,
    Rend au jour, qu'ils souillaient, toute sa pureté. »

   
C’est la Madeleine à la flamme fumante  de De La Tour.
   
    Marie-Madeleine femme du "désir demeuré désir" pour Char. «Nous nous unirons sans avoir à nous     aborder, à nous prévoir comme deux pavots font en amour une anémone géante »
   
   
La Vénus
du Titien : le Marquis de Sade ne s'y trompe pas : La Vénus du Titien est une belle blonde, les plus beaux yeux qu'on puisse voir, les traits un peu trop prononcés pour une blonde, dont il semble que la main de la nature doive adoucir les charmes comme le caractère. On la voit sur un matelas blanc, éparpillant d
es fleurs d'une main, cachant sa jolie petite motte de l'autre.”
   
    C’est La Mélancolia de Dürer avec son cortège de vanités : le livre, le compas, la clochette.
  
 Même cloche qui résonne dans Braking the Waves, cette merveille abominable de     Lars Van Trier. L’héroïne est la sacralisation de son péché par son péché même, la diffamation inversée  en martyre.



    Marie Madeleine, c’est Sonia dans Crimes et Châtiment  face au Christ démoniaque     Raskolnikov.
   
    Jean Valjean s’appelle aussi Madeleine !
  
     Marie Madeleine, c’est La Dernière Tentation du Christ, femme-christ elle-même qui  invite à la religion du corps. Ni vierge, ni épouse, elle est prostituée et sainte, sainte de l’abîme et passeuse, à l'image de cette toile de tapisserie qu’on ne pourra jamais franchir, l’impossible féminin d’un désir demeuré désir. 

 
  Ameleia –

Publié dans Amélie NOTHOMB

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Marc 07/12/2008 22:20

Je te recommande la lecture d'Arasse, _On n'y voit rien_. Le chapitre sur Marie-Madeleine est lumineux comme ses cheveux.

Ameleia 07/12/2008 22:23


tiens, une étoile solaire est passée....
Promis mon chéri.
Fais de beaux rêves...


Camilla Zaninetti 07/12/2008 20:54

Je ne comprends pas ...

Ameleia 07/12/2008 22:20


Qu'est ce que tu ne comprends pas ? Cet article ? ça n'en est pas un déjà. Sans doute un peu difficile, je le conçois.