Frankie Addams de Carson McCullers

Publié le par Ameleia

                                                                                    L'adolescence au singe....
         
        Un été caniculaire en Amérique. Frankie a 12 ans. Elle se tient avec son jeune cousin Henry et la gouvernante noire Bérénice dans une cuisine crasseuse ; elle étouffe. Orpheline de mère, entr'aperçue de père, le seul moyen de s'échapper du réel est de tomber amoureuse d'un mensonge : après le mariage de son frère, elle s'enfuira avec le jeune couple. Ça n'est pas la peine de leur en parler, elle en est sûre, ils l'emmèneront, rien ne les en empêchera puisqu'elle ne supporte plus sa vie ici, la fournaise, l'anonymat, puisqu'ils sont l'amour et qu'elle n'en reçoit pas,  ils l'emmèneront, rien ne l'arrêtera, ça n'est pas la peine d'en parler puisque cela aura lieu.
     Quelques heures dans la fournaise de la ville plongent le lecteur dans les errances rêvassières de l'adolescente. Il faut tenter de la suivre dans ses raisonnements décousus, la voir traverser les rencontres, s'encadrer dans le réel en chimère hypnotisée. Car l'originalité de ce roman vient de ce que tout est passé à travers le filtre des perceptions et des sensations de la jeune fille, d'où cette atmosphère extraordinairement étrange qui se dégage du récit, quasiment indéchiffrable.
    Il faut consentir à se faire semer par les directions entêtées et nébuleuses du récit imbibé de vague à l'âme et d'étouffant ennui. Comme des motifs poétiques, reviennent quelques images frappantes qui s'impriment brutalement ou au contraire en halo de fantôme.  Il y a par exemple, le personnage du soldat, fiancé répugnant par sa laideur et ses intentions sales dans les bras duquel la jeune fille hébétée va se laisser embarquer, tout cela sous notre regard impuissant et voyeur. Il y a la présence des papillons, métaphore des métamorphoses de l'adolescence ; surtout il y a  l'homme au singe, symbole ici peut-être de la sexualité à naître ou en métamorphose, mais aussi représentation de l'adolescence comme image de l'artiste en saltimbanque, toujours valorisée chez Carson McCullers.
Voici enfin des rues cinématographiques, des cadrages obliques, décentrés, qui renvoient à une perception presque cubiste du réel ; parfois les images sont colorées, parfois perçues en monochrome.
        Tout cela peint avec une sensibilité géniale, les folies douces et malsaines de l'adolescence, cet instinct entre l'animal, le génie et le cauchemar de rentrer dans la vie en y échappant.

© ameleia

Carson McCullers, Frankie Addams, (
1946), Livre de poche,  1993, 222 pages.

Mon ourse Lamalie ! Sors de cette tannière et dis-moi ce que tu en penses, cet article t'est entièrement dédié ! Lamaliiiiieeee

Publié dans Carson MC CULLERS

Commenter cet article

Lou 27/11/2008 16:16

merci :) désolée pour ma curiosité ^^

Ameleia 27/11/2008 17:38


j'adore les curieux!


Lou 27/11/2008 10:54

J'avais noté ce titre, et si ça peut me sauver dans mon parcours du combattant... ;)
Quant à Miller, peut-être Henry alors ? Je vais faire une petite recherche !
Sinon, étant de naturel très curieux, j'aimerais bien savoir si tu es journaliste à plein temps ou si tu écris des piges pour le Magazine des Livres. Il me semble que c'est aussi le magazine de la Lettrine (Anne-Sophie) ?

Ameleia 27/11/2008 14:34



Alors. Je ne suis pas journaliste à plein temps. EN revanche je suis prof à plein temps. Mais comme je gagne en expérience et sagesse n'est ce pas, l'école me demande moins de travail qu'avant.
L'écriture dans le magazine des livres me dope un peu et me donne quelques défis à relever, ce qui bien sûr alimente le besoin en passions. le magazine des livres est effetivement celui de la
lettrine. 


voilà vous savez tout très chère.



Lou 26/11/2008 15:35

Je viens mais je ne laisse pas toujours de commentaires :)
Avec le swap et ma recherche d'emploi (tout juste diplômée) je suis assez occupée ces temps-ci, mais je passe (si si ^^)! J'ai également trouvé ta note sur Kressmann Taylor très intéressante, comme c'est un auteur qui me tente depuis longtemps, que je n'ai jamais lu et au sujet duquel je m'interrogeais après avoir lu des avis partagés.
Enfin, merci pour l'information concernant Miller, dont je ne connais pour l'instant que la pièce la plus célèbre.
A bientôt

Ameleia 26/11/2008 18:16



Lis, "Inconnu à cette adresse" : court, bouleversant : pour une chercheuse d'emploi c'est l'idéal, surtout dans les salles d'attente !


Il ne s'agit pas de Arthur Miller le dramaturge mais de .... Miller (je n'ai pas le prénom mince !) bon tant pis. Dure soirée. merci en tout cas de tes vistes ; c'est un peu calme aussi chez
puisque je suis dans un cycle de rédaction pour le prochain "magazine des livres" et je ne peux rien éditer avant deux mois sur mon blog. Bises



Lou 25/11/2008 18:22

J'en garde un excellent souvenir, bien que trop imprécis. Il serait donc temps que je le redécouvre ! Merci de m'inciter à pousser de nouveau cette porte...

Ameleia 25/11/2008 18:27



Tu peux l'ouvrir toute grande ! J'ai découvert récemment par Lamalie que Miller s'était inspiré de ce roman pour le scenario de "L'Effrontée". On retrouve effectivement quelques scènes, même si
les personnages ont changé : le soldat est un mecano, l'homme au singe, lui a disparu. Mais la figure de l'artiste bien qu'abatardie demeure dans le personnage de la jeune pianniste...


merci de ta visite. ^^



Léthée 18/11/2008 13:26

Décidément. C'est le livre culte de deux personnes autour de moi ! Je n'ai plus qu'à le lire moi z'aussi. Que de lectures, que de lectures... mais je suis dans les souvenirs d'un arbre en ce moment, et également à la veille de la seconde guerre mondiale, puis je vois vieillir les parents d'un auteur familier.... je ne peux pas tout faire !!