La piscine de YOKO OGAWA

Publié le par Ameleia



                Le pur et l'impur.

    Dans ce terne orphelinat, Aya, une jeune adolescente a ce statut atypique d'être la seule enfant non orpheline de l'institution puisque ses parents en sont les directeurs.  Ce misérable privilège la condamne au sort commun. Plongée dans ce lieu terne où tous les gestes s'annulent dans le rituel anonymat de la vie collective, où le corps grandit mal, grandit ignoré,  la seule échappée est le corps de Jun, un jeune orphelin de son âge.  Il n'est rien mais il possède ce corps de muscles fins et fermés de nageur. Aya envie jusqu'à l'ivresse cette pureté absolue du muscle saillant et maitrisé fendant l'eau, tout ce spectacle de maîtrise inaccessible qu'elle observe en voyeuse, cette virilité d'eau par laquelle elle rêve d'être caressée.
    Mais le désir ne fait pas jouir. Pour satisfaire la frustration de l'adolescente, il y a le corps de Rie, le bébé dernier arrivé, l'enfant potelée et ses appels mammifères à la tendresse qui choque l'adolescente par ses chairs molles aux odeurs de beurre et de lait. Ce corps d'enfant vulnérable fait de mollesse et d'humidité est le contraire du corps parfait de Jun, déjà, l'antichambre de la mort, proche de la pourriture et du moisi... Il va donc falloir s'en débarrasser...

    Ce très court roman, en réalité une nouvelle, est un concentré de finesse étrange et fascinante. On retrouve ce mélange dérangeant d'érotisme froid et de douceur violente qui se dégage des plus grands textes japonais. Yoko Ogawa exprime cette tension entre sadisme et fantasme de pureté qui anime l'adolescence. Le récit se construit tout entier autour de la symbolique de l'eau - omniprésente, visuelle et sonore, tantôt miroir, tantôt voile trouble filtrant les scènes augurales de l'adolescence. Soit rêverie purificatrice et amoureuse à travers le bleu chloré de la piscine, l'évanescence de la pluie et surtout celle de la neige,  soit putride, boueuse, stagnante comme peut se percevoir le corps de l'adolescent quand il s'insupporte...
Un court chef d'oeuvre.

©ameleia.


YOKO OGAWA, La Piscine, Acte Sud, 1999, 70 pages.

Publié dans Yoko OGAWA

Commenter cet article

brujasexy 21/10/2008 16:57

Bonjour et bienvenue dans la communautée.
Ton blog est une source d'inspiration pour ma bibliothèque mille merci et @ bientôt

Lou 21/10/2008 11:32

Je suis heureuse de retrouver ici Ogawa, un de mes écrivains favoris. Et quand on a commencé à découvrir son univers il devient difficile de s'en passer :)

Ameleia 21/10/2008 13:25


ALors tout cela me dit de continuer à produire des articles sur elle. A suivre.... "les abeilles", une courte nouvelle tout aussi fascinante.
De quel Ogawa voudrais-tu que je parle ?


anoushka 21/10/2008 10:22

bonjour et bienvenue dans la communauté; ton blog est très intéressant. @+

Ameleia 21/10/2008 13:21


merci ! à toi je file visiter tes petites affaires


Marc-Jean Filaire 20/10/2008 17:44

À quand un commentaire de la nouvelle « Les Abeilles » de la même auteure ? On veut encore de ces expressions qui redisent notre malaise délicieux et notre jouissance perverse de lecteur, de ce « bleu chloré » et ce cette rêverie « putride ».

Ameleia 20/10/2008 17:56


"Les abeilles" bien sûr ! Le plus vite possible, dès que je me le suis procuré !
Il faut aussi que j'obtienne ton essai... pourquoi ne pas en faire un papier ici même  ?
bises à toi.


Un admirateur 20/10/2008 10:25

Décidément très très bien ce petit article. Une petite bouchée de la reine pour mettre en appétit.

Ameleia 20/10/2008 16:44


humm quel admirateur admirable !