... et tous les mémorables de ces 10 derniers mois...

Publié le par Ameleia


Le plus libre et le plus sensuel
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L'art de la joie est un des plus grands romans libertaires  féminins ! Que dis-je ? C'est le seul !  Dans ce surprenant  roman d'initiation, la narratrice est seule maître de son destin ; tout son parcours repose sur la quête douloureuse toujours assumée de l'équilibre entre le désir et le plaisir. Cette traversée du siècle est un écrin pour le chef d'oeuvre d'une vie, un modèle décomplexant, libre de ton, de forme, de scènes, qui élève l'art de lire, d'écrire et de faire l'amour au même sommet d'accomplissement : celui de donner et de ressentir de la Joie mais pas la joie dans son emploi atténué, la joie originelle, la laetitia, la joie débordante, asbolue. Une explosion de 600 pages à lire absolument !





Le plus bouleversant.
SIRI HUSDTVEDT est une de mes révélations 2008. Epouse de Paul Auster, son oeuvre s'efface à tort derrière la carrière de son époux. L'oeuvre est variée, lumineuse, bouleversante. Tout ce que j'aimais est un roman étrangement réaliste qui nous plonge dans le quatuor de deux couples inséparables de peintres et d'universitaires. Sur fond de création picturale on observe en voyeur l'évolution de ces amis sur une durée de 40 ans : saut de carrière, naissances, rupture. Les personnages sont d'une vraissemblance inouïe, nous renvoient à chaque instant à nos propres choix de vie, à nos possibles erreurs. Chaque évènement qui surgit avec la tension extrême de nous lire,  nous met face à la fragilité de l'existence, à la responsabilité des êtres que l'on aime, aux hasards aussi et accidents qui peuvent détruire ou annuler le sens de nos actes. Un miroir existentiel bouleversant.




Le plus psychologique.
Chaque roman de McEwan commence par un accident. Le principe est simple. Dans un monde sans Dieu, sans miracle, où l'on doute même  de la portée du libre choix, le seul élément restant qui peut encore  donner une structure au destin d'un homme est l'accident. Le fait du hasard qui surgit soudain sans causalité. C'est ce qui arrive au Héros de Samedi. Un cinquantenaire neurologue établi en tout intervient sur la scène d'une agression dans la rue, un samedi matin, alors qu'il se rend à son hebdomadaire séance de squach. A partir de cet évènement surgi du hasard, sa vie va basculer. Le roman est le récit des 24 heures du lever au lever de cet homme. Un roman psychologique qui analyse à la loupe avec une légèreté narrative déconcertante tous les gestes de la vie et leur donne sens. La tragédie classique d'un homme post-moderne. Une merveille.



Le plus noir.
Comment parler des émeutes des banlieues de 2005 sans tomber dans le racolage ou le misérabilisme ? Comment romancer des évènements dont personne n'ose affirmer qu'il possède les clés ? Voilà ce qu'il y a d'emblée de sidérant dans ce roman osé qui relève le pari romanesque le plus difficile : faire coller une fiction distancée et complexe à l'actualité. Ce n'est pas un témoignage, c'est un vrai roman, hyperréaliste avec des personnages croqués sur le vif, plus réels que nature. Suivant la méthode hugolienne dont il vole au passage ce superbe alexandrin pour son titre, Jonquet extrait un personnage caractéristique des millieux qu'il veut peindre : la jeune prof de français stagiaire, le fils prodigue condamné, le chef de bande, l'entraineur fondamentalise, le juge etc. A travers les liens que tissent les  personnages, les initiatives, luttes pour sortir de leur condition, les évènements s'imbriquent comme une machine infernale qui les broie et les enfonce jusqu'au dénouement.  L'écriture, célinienne, est une stylisation littéraire du parler des blanlieues, martelée, puissante, infiniment juste. Un roman à lire non pour prendre position mais simplement pour comprendre au delà des clichés l'enfermement tragique de ces quartiers.



Le plus fascinant
Murakami est l'auteur le plus profond et insondable que je connaisse. Rien qui ne me fascine  plus qu'un voyage dans un de ses romans : lecteur, amateur de romans organisés s'abstenir ! Un roman de Murakami est un périple dans l'étrangeté absolue où tous nos repères de lecteur - même avisé - s'effondrent.  Dans ce monde,  on se trouve en se perdant. Les frontières du réel et du fantastique s'épousent, se confondent puis s'éclairent, ou pas. Cette nouveauté on la  doit entre autres au syncrétisme étonnant de la culture japonaise et de la culture européenne. Pourtant c'est d'une grande simplicité de lecture ; Murakami est un fabuliste qui vous tient par une intrigue dont il a le culot superbe de ne jamais livrer la clé. Nulle justification, Nulle explication à ce qui doit semble-t-il rester à la lisière de l'imprononcé. Etrangement, il n'y a nulle frustration, mais au contraire la satisfaction d'avoir exploré la partie la plus secrète de nous-mêmes  auquel le rationalisme de nos perceptions et de nos analyses n'ont pas accès.

A lire aussi sans hésitation !



Publié dans Goliarda Sapienza

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Commenter cet article

céline 03/11/2009 17:48


"Tout ce que j'aimais" m'a aussi bouleversée, et "Samedi" m'a remuée juste ce qu'il faut.. Par contre, j'ai été un peu déçu par "Kafka sur le rivage".
Sinon, j'ai quelques questions à poser aux blogueurs en littérature dans le cadre de mon mémoire, le lien est ici
:http://enlivrezvous.typepad.fr/enlivrezvous/2009/10/appel-aux-blogueurs-en-littérature.html
Merci beaucoup !


Ameleia 13/11/2009 09:57


bonjour, je comprends qu'on puisse être dérouté par l'étrangeté de l'écriture de Murakami....
Je réponds à vos questions ...