Le treizième conte de Diane SETTERFIELD

Publié le par Ameleia

   
                                                                                 Margaret Lea est plutôt du type besogneux. Fille de libraire, elle est tenue avec son père à l'approvisionnement de vieux livres qu'ils vendent du bout des lèvres au fond d'une boutique obscure. Tout est poussière et vieille littérature chez les Léa. Biographe amateur, douée pour l'archive et les petites fiches, Margaret semble vouée à déterrer du passé des cadavres ordinaires - sauf un, celui de sa soeur jumelle dont elle porte  le décès coupable.
    Comment peut-elle ignorer Vida Winter, le plus grand écrivain contemporain de sa génération ? Phénomène commercial et éditorial sans précédent,  auteur populaire fascinant la critique élitiste, personnalité secrète et mythomane confondant les journalistes. C'est pourtant elle que Vida choisit pour écrire sa biographie. Il n'y a dans sa boutique qu'un volume – rare et épuisé bien sûr - Contes de la métamorphose et du désespoir, Treize contes. Or, après lecture, Margaret constate qu'il n'y en a que 12. Un conte manquant, une jumelle perdue : on a compris que l'intrigue va se jouer autour la rencontre des deux femmes et de la reconstruction de leur passé respectif.

    Voilà un roman très british qui compulse – avec une efficacité narrative et une langue très moderne – l'atmosphère du roman gothique et les intrigues de filiation du romantisme anglais.
Vida dicte sa vie à sa biographe – la dicte ou l'invente, ou se révèle à elle-même, ça c'est pour que le lecteur hésite. Les fantômes qu'elle fait apparaître sont-ils réels ou inventés ? Et cette maison victorienne, ouverte aux incestes, aux tempêtes, qui se délabre, vibre ou brûle au miroir des âmes qui la peuplent - mortes ou vives - combien de silences troublants, féminins, de mères infâmes ou folles et de soeurs tranchées abrite-t-elle ?
    Intrigant comme un roman de Wilkie Collins, envoûtant comme une nouvelle d'Hoffmann, presque aussi psychologiquement profond qu'un roman d'Henri James ou des Soeurs Brontë : il y a là tout un héritage littéraire très habilement exploité mais à la façon  fast book  exigé aujourd'hui pour faire un best seller : il manque la lenteur pour assumer pleinement cet héritage. C'est un peu dommage, comme un vieux cherry, ce jeune pavé de 562 pages se serait bien bonifié de 200 pages de plus.

©Ameleia.


Publié dans Diane Settetfield

Commenter cet article

Karine :) 30/11/2008 22:54

J'ai tellement aimé ce livre! J'ai été envoûtée!

Nadège 21/10/2008 14:28

Combien lis-tu de livres en moyenne par mois ? Comment t'organises-tu ?
Ton métier a-t-il un lien avec tes goûts pour la littérature, le cinéma et le théatre ?

Ameleia 22/10/2008 21:38


OUi ! Je suis prof de lettres et de théâtre...Mais ça fait longtemps que mes lectures sont séparées de mon métier (quoi que)
Je lis à peu près deux romans par semaine. La raison ? Je n'ai pas d'enfant, et vis avec quelqu'un qui lit à peu près autant que moi. Je ne suis organisée pour rien d'autre que pour ma liberté et
mon temps libre. Les choses sont traitées vite, éliminées pour que le reste du temps  soit consacrée à la lecture et l'écriture. Je vais au théâtre aussi au moins deux fois par mois mais c'est
aussi parce que mes soirées sont dégagées .... voilà... la liberté n'a pas de prix...et je n'ai donc aucun mérite... ma réponse te satisfait_elle ?