Elle s'appelait Sarah de Titiana de Rosnay - Un devoir de mémoire assumé.

Publié le par Ameleia

                                                                                Comment écrire le devoir de mémoire si moralement imposé dans nos écoles quand justement on n'a pas de mémoire ? Comment soutenir la parole de ceux qui nous ont  précédé quand on a rien entendu ?  Toute une génération d'après guerre s'est construite ainsi, autour  d'un silence crispé, celui  que  les parents marqués par  les horreurs de la guerre ont instauré auprès de leurs enfants. Pour les protéger  de l'horreur ? Pour se protéger eux-mêmes, taire leur culpabilité    de leur participation plus ou moins passive et implicite au gouvernement de Vichy  ? 

    La France dont parle Tatiana de Rosnay est une France rare : coupable, renfrognée. Il ne s'agit pas de la France résistante – celle qu'on nous propose de retenir comme modèle épique, mais de la France collaborationniste de Vichy – celle qui planifia la rafle du Vel' d'hiv'. 

    La première réussite de ce roman est d'avoir parfaitement su reconstituer tous les linéaments du silence qui entourent le traumatisme de guerre. Tout le monde s'est tu autour de la terrible histoire de  Sarah, 9 ans, prise avec ses parents dans la rafle du vel d'hiv' dans la nuit du 16 juillet 42, si bien que  50 ans plus trad, lorsque la narratrice, Julia journaliste américaine, se met en quête d'informations pour son journal elle ne trouve que silence autour d'elle. Le vel' d'hiv ? C'est quoi ça ? Une plaque commémorative délavée, un mauvais souvenir en contrôle d'histoire :  la mémoire des français est décidément bien sélective. Plus étonnant encore est le silence de sa belle famille qui semblerait avoir à dire sur l'évènement  mais s'enferme dans un silence mutique.

    Sarah a-t-elle survécu à la déportation ? A-t-elle pu sauver son petit frère qu'elle a enfermé à clé dans le placard avant de suivre la milice française ? Le roman se construit comme une quête pour retrouver la trace de la petite fille.  Au fil des témoignages succins, la journaliste va recomposer le passé. Mais c'est au moment où elle croit avoir fait la lumière sur les événements et retrouvé Sarah qu'elle découvre que cette dernière a gommé le passé,  falsifié son histoire. Tatiana de Rosnay analyse parfaitement le traumatisme de guerre jusqu'à la honte des survivants.

    La deuxième réussite de ce récit est de montrer la France non du point de vue de ses résistants mais du point de vue de la collaboration. Pas de héros, au contraire, la narratrice s'interroge sur cette   France hypocrite qui avoue sa participation à la déportation du bout des lèvres.

... A ce stade le nerf de la prof que je suis se réveille ... Parenthèse. 

 

    J'observe depuis quelques années qu'on commence un peu à parler de la collaboration. A la télé, quelques téléfilms, en littérature – c'est le cas du roman dont je parle.  J'observe aussi combien ce point de vue sur l'histoire est faible et disproportionné.  J'ai vu une fois des élèves turbulents saisis devant des extraits du procès de Klauss Barbi au musée de la résistance à Lyon. Mais l'instant d'après je les ai vus se tortiller et se démettre de leur chaise devant le témoignage d' anciens résistants –  Quoi d'autre ? On étudie la poésie engagée, on récite des pensées  pacifistes : c'est rassurant, c'est beau, c'est loyal, c'est un bon modèle citoyen parce qu'on pense que ça forme des esprits républicains et solidaires... J'y crois peu.

    Lorsque j'observe le monde de l'entreprise – et celui d'à côté -  ce petit flot de manipulations ordinaires  qui tient son monde par l'argent, qui se sert de l'instrumentalisation de la peur, du mérite personnel comme argument positif  de la délation,  toute cette  pensée pétainiste qui enlace  notre pensée et nos actions, quand je vois cette société, je me dis que nous avons fait une erreur. Ce n'est pas le courage, l'élan sacrificiel du résistant qu'il fallait seulement enseigner. Il fallait montrer à côté les chiffres accablants de la lâcheté, le zèle français bien réel qui orchestre la rafle du vel d'hiv, bref, expliquer et montrer les causes et les mécanismes du repli sur soi qui génèrent le mal ordinaire, lequel fait le ferment des totalitarismes : le repli nationaliste,  le soutien à l'irrationnel (la pensée magique, le religieux, la libéralisation des sectes etc), l'isolement par le travail, le réflexe de la surveillance, le fantasme sécuritaire... Ici je parle de notre époque.


Ce roman de Tatiana de Rosnay est salutaire parce qu'il soutient à quel point il n'y a pas de vrai devoir de mémoire assumé ; tant qu'il restera des survivants à cette mémoire honteuse, nous continuerons à transmettre cette lacune merveilleusement approuvée par  une nation qui rechigne à la repentance.


© Ameleia

Publié dans Tatiana DE ROSNAY

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fanny 23/02/2009 18:44

Bonjour, je suis une jeune fille italienne, qui en ce moment vis en France, je suit une formation continue et j avais penser de faire mon exposé sur "Elle s'appelait Sarah", c est un livre que j aurais voulu lire tout de suite, en le lisant c est comme si je l avais vecu, il m a tellement plus, que mon but c est que mes collegués aprés mon exposer iront acheter le livre, pour que ne l'oublions pas!

Ameleia 23/02/2009 22:14


Merci de ce message. Vous avez raison, je pense que ce roman illuste le meilleur de notre pire, nous les français !
Prenez ce dont vous avez besoin dans mon article, vous êtes italienne.
Bien à vous.
Ameleia


la nymphette 04/11/2008 22:27

Ouaouh
J'ai lu de très nombreuses notes sur ce roman. Mais enfin, je trouve des phrases qui me font vibrer sur ce sujet si dur.
Bravo pour ta plume et l'engagement dont tu fais preuve par tes mots!

Ameleia 05/11/2008 12:16


ouh eh bien, je suis très touchée  par ton commentaire. Malheureusement, je crains qu'il s'agisse moins d'un engagement que d'un constat. Les choses évoluent cependant, mais exessivement
lentement. Je demeure excessivement pessimiste sur le sujet compte tenu de la pensée dominante et du travail très zélé  de notre gouvermement. Je pense à ce merveilleux sommet sur
l'intégration qui se passe nullepart ailleurs qu'à VICHY !
cordialement.
Au fait pour ton très courageux blog...